Le heavy metal a 50 ans et encore tous ses cheveux
Deux heures. C’est à peine ce qu’il a fallu au festival du Hellfest
pour écouler ses 55.000 pass pour les trois jours de l’édition 2019. Le
plus grand festival de metal d’Europe, qui a lieu près de Nantes en
France, tous les ans au mois de juin, est une preuve irréfutable de
l’engouement pour ce genre musical, autrefois considéré comme marginal.
Le Hellfest, littéralement "fête de l’enfer" continue d’ailleurs de se
considérer comme le festival des "musiques extrêmes". Un extrémisme
aujourd’hui planétaire, et qui fête ses 50 ans en ce mois de février.
Le 13 février 1970, c’est effectivement le jour où 'Black Sabbath',
le premier album éponyme du groupe, est sorti au Royaume-Uni. Un album
sombre, aux guitares saturées, avec un rythme lourd et lent, assez
éloigné des standards du rock de l’époque. En témoigne le morceau qui
donne son nom au groupe et à l’album : un sabbat noir, qui aurait été
inspiré au compositeur, le bassiste Geezer Butler, par un cauchemar
rempli de crucifix inversés et d’images du diable…
En réalité, le morceau aurait plutôt été inspiré par le poème
symphonique des 'Planètes' de l’Anglais Gustav Holst entre 1914 et 1917,
comme l’expliquaient Cyril Wilfart et Marie-Amélie Mastin en novembre
dernier dans leur émission 'Metal' sur Classic 21. En particulier le
morceau sur la planète Mars, qui contient précisément le passage qui a
donné le riff de 'Black Sabbath', qui contient un triton, un intervalle
de notes très dérangeant, connu sous le nom de 'diavolus in musica' dans
la musique médiévale. "Cette chanson est très typique du son 'metal',
explique Cyril Wilfart. Il y a à la fois de la lourdeur dans le son et
de la lenteur dans le rythme." Sans compter des paroles particulièrement
inquiétantes : "Quelle est cette chose qui se tient devant moi ? Une silhouette en noir qui me pointe du doigt."
"Cette esthétique correspondait beaucoup plus à l’état d’esprit de la jeunesse", précise Cyril Wilfart. 1969, l’année où le groupe écrit l’album, c’est l’époque des crimes de l’horrible Manson Family, dont le meurtre de l’actrice Sharon Tate… nous sommes aussi en pleine Guerre du Vietnam. La chanson 'War Pigs' de Black Sabbath (sur leur deuxième album, 'Paranoid') est un hymne antimilitariste.
Années 70: rage et désillusion de la jeunesse
L’atmosphère morbide donne le ton du mouvement metal, et tranche avec le 'Summer of Love' de 1967. D’abord baptisé 'Earth', 'Black Sabbath' change de nom en référence au film d’horreur de Mario Bava de 1963, avec Boris Karloff, qui selon la légende était diffusé dans le cinéma de quartier près duquel le groupe répétait à Birmingham. Ses membres ont toujours les cheveux longs, mais arborent des signes satanistes : croix inversées, nombre 666… A commencer par le chanteur fantasque Ozzy Osbourne, ou le guitariste Tonny Iommi et ses deux phalanges en moins à la main droite."Cette esthétique correspondait beaucoup plus à l’état d’esprit de la jeunesse", précise Cyril Wilfart. 1969, l’année où le groupe écrit l’album, c’est l’époque des crimes de l’horrible Manson Family, dont le meurtre de l’actrice Sharon Tate… nous sommes aussi en pleine Guerre du Vietnam. La chanson 'War Pigs' de Black Sabbath (sur leur deuxième album, 'Paranoid') est un hymne antimilitariste.
Mais d’où vient ce mot de 'heavy metal' ? A l’époque, beaucoup
parlent encore de hard rock, avec des groupes comme Led Zeppelin et Deep
Purple. Le terme ferait référence à la chanson 'Born to be wild' de
Steppenwolf, sortie en 1968, qui évoque le "heavy metal thunder" ("tonnerre de métal lourd")
que font les moteurs rugissants des motos. Certains datent le premier
morceau de metal (ou de "proto-metal") de 1967, avec 'Helter Skelter'
des Beatles. Une chanson qui aurait été écrite comme une réponse au 'I
can see for miles' des Who, autoproclamé "morceau le plus bruyant, sale et violent" du rock.
La question des origines du metal n’est sans doute pas si facile à trancher : "cela a fait partie d’une évolution, expliquent Cyril Wilfart et Marie-Amélie Mastin. Il n’est pas certain que l’on s’en soit rendu compte à l’époque."
Au début des années 1970, la différence entre le metal et le hard rock
est difficile à définir : certains groupes de rock partageant
l’esthétique horrifique mais pas le style musical, comme le groupe
Coven, ou le chanteur de 'shock rock' Alice Cooper. D’autres ne veulent
pas entendre parler de "heavy metal", comme le groupe Motörhead : "nous faisons du rock'n'roll".
La distinction s’affirmera au cours des décennies suivantes, avec des
groupes de heavy metal comme Iron Maiden, ou de thrash metal, plus
lourd, avec Metallica, Slayer ou Megadeth.
Aujourd’hui, le metal est devenu incontournable, et attire de
plus en plus d’auditeurs de tous âges et de tous horizons. C’est ce qu’a
constaté Marie-Amélie Mastin depuis qu’elle a repris l’émission Metal
sur Classic 21, après le départ du légendaire Jacques de Pierpont, dit
"Pompon", animateur historique du hard rock sur la station. Désormais,
le metal sur Classic c’est de 22h à minuit le vendredi. "Nous avons
la chance d’avoir une liberté totale d’antenne, et on remarque que les
gens s’ouvrent à ce genre de musique : il y a un suivi et une demande de
plus en plus importante !", s’enthousiasme l’animatrice. "Cela va au-delà de la communauté, l’image du métalleux paisible rassemble les gens de 4 à 70 ans",
ajoute Cyril Wilfart. Jusqu'à arriver sur la scène... de l'Eurovision :
en 2006, le groupe finlandais Lordi gagnait le concours avec sa chanson 'Hard Rock Hallelujah".
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