Le heavy metal va résonner ce samedi à Saint-Thuriau
Après deux ans d’absence, le festival Heavy Metal Breizh
revient à Saint-Thuriau (Morbihan), près de Pontivy, ce samedi 22
février 2020. L’association Guitare sur scène a invité cinq groupes pour
cette soirée de concerts. De quoi ravir les fans de métal, un genre
qu’on entend peu en Centre Bretagne.
Le groupe de Saint-Thuriau,
Metal Attack, sur scène. Au premier plan à la guitare, Cédric
Anguerrand, organisateur du festival Heavy Metal Breizh ce samedi 22
février 2020 à la salle polyvalente. | DR METAL ATTACK
Les guitares vont rugir, ce samedi 22 février 2020, à la salle polyvalente de Saint-Thuriau, près de Pontivy (Morbihan).
Après deux années de pause, l’association Guitare sur scène revient
avec son festival Heavy Metal Breizh, déjà organisé en 2016 et 2017.
Les amateurs de métal sur leur faim
« Les deux premières éditions avaient eu lieu à Pluméliau »,
rappelle Cédric Anguerrand, programmateur du festival. Depuis, faute de
temps notamment, l’association qui organise l’événement s’était tournée
vers des concerts « de plus petite envergure ». Mais les amateurs de metal s’impatientaient. « On nous demandait quand aurait lieu la 3e édition », alors que le genre musical est quasi absent des programmations en Centre Bretagne. « C’est assez creux », reconnaît Cédric Anguerrand, qui dit être le seul à organiser des concerts de métal dans le pays de Pontivy.
Cinq groupes sur scène
Pour le retour de Heavy metal breizh, les organisateurs se sont fait plaisir, en invitant trois groupes du grand ouest, « qui ne sont jamais encore venus jouer en Bretagne »,
présente le programmateur. Les Nantais d’Incinerator, et deux
formations normandes Thrashtalk et Deibler. Deux groupes locaux
complètent la programmation. Brutal Stoner, de Malguénac, et les Metal
Attack, dont Cédric Anguerrand est le guitariste. Sur scène, les
rockeurs thurialais vont être accompagnés de la troupe Arcana, pour un
spectacle costumé, « en rapport avec le thème de nos chansons », n’en dit pas plus le guitariste.
Sortie d’album pour Metal Attack
Auteur d’un CD et de
plusieurs clips réalisés 2019 ou dévoilés au public en 2020, Metal
Attack profite du festival, ce samedi, pour sortir son nouvel album. Du
pur heavy metal, accompagné de textes en français, d’inspiration
essentiellement médiévale, traitant « des batailles du Moyen
Âge, des Templiers et de la chevalerie, mais aussi des vampires,
loups-garous, et l’univers des arts martiaux japonais et coréens », énumère le groupe. Leur concert à Saint-Thuriau marque d’ailleurs le début de leur tournée 2020. Samedi 22 février 2020, à partir de 18 h à
la salle polyvalente de Saint-Thuriau. Entrée 8 €. Billetterie sur
place. Contact : anguerrand@orange.fr
Demandez à des fans de metal ce qu'ils aiment le plus dans cette scène, et la plupart vous répondront que partout dans le monde, ils partagent un langage commun – une sorte de communauté instantanée – avec les autres fans. Même si de nombreux travaux récents (dont le documentaire Global Metal de Banger Films et l'ouvrage de Mark Levine Heavy Metal Islam) ont étudié l'universalité de la culture metal en dehors de la sphère occidentale, l'Afrique a largement été laissée de côté. Le nouveau livre d'Edward Banchs, Heavy Metal Africa, propose une immersion totale dans l'univers des groupes de metal africains, étudiant à la fois ce qui les rend si uniques et ce qu'ils partagent avec tous les headbangers du monde entier. Heavy Metal Africa, qui paraîtra fin septembre via Word Association Publishers, retrace le passage de l'auteur dans les communautés metal de nombreuses îles et régions subsahariennes d'Afrique, comme l'Afrique du Sud, le Botswana, le Zimbabwe et l'île Maurice. Banchs a passé cinq ans à voyager à travers le continent, rencontrant des musiciens et visitant leurs régions. Au bout du compte, ce livre se lit à la fois comme un mythe des origines du metal africain, et comme un carnet de voyage qui va beaucoup plus loin que le Guide du Routard.
Même s'il est présent partout sur le continent africain, le metal y demeure une sous-culture underground. Les Africains qui aiment le metal ont tendance à être surtout attirés par le metalcore et le thrash, ce dernier étant, d'après Banchs, « le genre de ceux qui veulent se débarrasser d'un poids sur la poitrine. » Comme les autres groupes de metal à travers le monde, nombreux sont ceux, en Afrique, qui ressentent le besoin d'écrire sur les injustices desquelles ils sont témoins. Ils sont également poussés par un désir de s'émanciper de l'establishment et du mainstream.
« Le metal incarne tous les désir de la jeunesse africaine : une identité qu'ils ont découvert eux-mêmes, qu'ils aiment et qu'ils protègent ; pas une identité qu'on a choisi pour eux », explique Banchs. Selon lui, beaucoup de metalheads africain sont tombés amoureux de cette musique parce qu'ils voient cette scène comme un moyen de lutter contre une culture qui ne les représente pas.
Banchs, né en Caroline du Nord de parents porto-ricains, a découvert le metal quand il était adolescent. C'est en entrant dans l'âge adulte qu'il a commencé a être fasciné par l'Afrique ; après avoir décroché un master d'études africaines à l'université de Londres, il s'est retrouvé stagiaire-lobbyiste pour les affaires africaines à Washington. C'est une conversation avec un ami qui l'a conduit à s'intéresser de plus près au metal de ce continent.
« J'avais eu vent de certaines scènes metal dans quelques pays, au cours de voyages sur le continent, mais je voulais voir si il en existait ailleurs, et quelles tailles elles avaient, selon les endroits » explique Banchs. Lorsqu'il est retournaé en Afrique, il a été stupéfait de voir à quel point les communautés metal y étaient développées. Heavy Metal Africa témoigne de l'investissement unique des fans de metal du continent. Le livre s'ouvre sur l'île magnifique de Madagascar, où les jeunes musiciens créent littéralement des groupes de metal à partir de rien. Lallar, batteur dans le groupe Kazar, s'est construit un kit avec des cartons ; celui de Balafomanga, Newton, avec du plastique.
Ragasy, guitariste du groupe malgache INOX, a raconté à Banchs qu'il a commencé à jouer dans les années 70, par dessus les disques de Deep Purple et Black Sabbath, mais que même au milieu des années 80, le hard et les guitares n'étaient pas chose courante.
Ce qui n'était pas non plus le cas des T-shirts de metal officiels écrit Banchs : « La plupart des T-shirts étaient soit faits maison, soit des contrefaçons, qui arrivaient par bateaux et qui étaient vendues sur les marchés, dans la rue. Les fautes dans le nom des groupes, les erreurs sur les pochettes d'album, ou les textes griffonnés dans le dos qui n'avaient rien à voir avec l'album représenté sur le devant étaient monnaie courante... Mais les fans malgaches qui étaient tellement contents d'en posséder s'en foutaient du reste. »
En partie à cause de leur manière de s'habiller – T-shirts noirs, pantalons noirs, cuir clouté – on accusa à tort les groupes de metal africains de satanisme et de sorcellerie. Banchs explique que l'Afrique du Sud connut sa propre « satanic panic » [« panique satanique », une vague de paranoïa populaire déclenchée aux Etats-Unis au milieu des 80's par des prétendus abus liés à des rites sataniques] dans les années 80 ; certains services de police enquêtèrent sur des accusations de satanisme, et de nombreux jeunes metalheads furent mis en garde à vue. Même lors de son récent voyage à travers l'Afrique, l'auteur a été violemment sorti d'un magasin et pris à parti par un groupe d'adolescents malgaches hostiles, tout ça à cause de son sweat Darkest Hour, sur le dos duquel est imprimé un bouc démoniaque au sourire sardonique.
Quoi qu'il en soit, c'est cette même panique satanique qui, sans le vouloir, a offert au metal une visibilité bien plus large qu'auparavant. Un des porte-paroles du mouvement, l'ancien officier de police John Seale, faisait par exemple écouter des albums de metal en public, comme illustration de ce dont il fallait préserver la jeunesse africaine. « Il nous a rendu un immense service, en faisant tout ça. Il s'est donné beaucoup de mal pour dénicher ces groupes ! » a expliqué Christo Bester, du groupe Groinchurn, à Banchs.
Alors qu'on accusait certains musiciens de s'adonner au satanisme, on reprochait à d'autres de se servir de leur musique pour semer le désordre social. À Madagascar, le groupe Black Wizard a utilisé des images d'extrême pauvreté prises dans le quartier de Nary, un de leurs membres, pour leur titre « Land of Doom ». Après la diffusion du clip à la télévision, la police s'est présentée à la porte de Nary, lui reprochant de montrer au grand public les régions les plus démunies du pays.
AU fil des années, les différentes nations africaines se sont chargées de construire leurs propres histoires du metal, poussées par les groupes importants à l'origine des scènes régionales, et emmenées par les nouvelles générations qui continuent à porter le flambeau. Dans certains pays, des groupes de heavy metal de référence sont entrés dans la culture populaire. Apost, de Madagascar, a sorti « Apokolipsy », un single de fin du monde devenu un standard pour les autres groupes – et qu'on passe souvent dans les mariages, sur l'île.
Mais dans d'autres contrées, comme en Afrique du Sud, le metal demeure résolument underground – et les metalheads ont confié à Banchs qu'ils préfèrent que ce soit le cas. « À la fin de l'apartheid, des sanctions sont tombées, il y a donc eu beaucoup de choses qu'on ne pouvait pas trouver en Afrique du Sud à l'époque, et donc une vraie culture 'do-it-yourself' s'est mise en place ici. Il y avait une vraie fraternité de sous-culture. » explique Jay R. du groupe Total Chaos.
Pour les fans ayant grandi dans la culture du metal occidental, le concept de metal africain peut sembler étrange, mais Newton de Balafomanga, affirme qu'en fin de compte, cette musique est la musique de l'Afrique. « Le rock a commencé ici » confirme t-il. « Ce n'est pas un produit de la culture occidentale ou européenne. C'est notre culture. »